Par Florent TALANDIER, Consultant – Financement de l’Innovation
ACIES Consulting Group

Voitures volantes : est-ce vraiment sérieux ?

La voiture volante pourrait constituer un changement radical dans nos modes de vie et survenir dans les prochaines années. De nombreuses sociétés de diverses envergures se concentrent en effet sur le concept mais pouvons-nous réellement nous attendre à une commercialisation à court terme et ainsi voir nos villes se transformer de manière radicale ?

Tour d’horizon de l’avancement concret de ces projets et des éventuelles conséquences associées.

Les projets en cours de développements

Des projets tels qu’Aeromobil de la société slovaque du même nom [1], ou encore TF-X de la société américaine Terrafugia, sont en train de voir le jour et leurs solutions devraient être stabilisées dès les deux prochaines années [2].

Les français sont également actifs sur le sujet, via notamment l’implication d’Airbus qui a récemment présenté son projet Vahana. Ce futur véhicule autonome volant pourra transporter du matériel ou un passager. Les premiers tests sont prévus d’ici fin 2017 [3], [4]. La branche Airbus Helicopters travaille également sur un projet de taxi volant « CityAirbus » depuis 2014. Celui-ci devrait être capable de transporter plusieurs passagers d’un point à l’autre de la ville [3].

La PME Xplorair, elle, se positionne davantage sur un transport inter-cités avec des parcours visés de plus de 500 km à une vitesse moyenne de 200 km/h. L’Xplorair se différencie des autres prototypes par son décollage vertical. La solution associée (le thermo-réacteur) a fait l’objet de diverses demandes de brevets à l’international [5]. Ce thermo-réacteur a notamment été développé à l’aide d’un consortium(1) financé en partie par l’Etat français dans le cadre d’un projet RAPID.

Le prix de vente de l’Xplorair sera compris entre 150.000 et 200.000 euros, plaçant ce véhicule au niveau de prix d’une voiture de luxe. La société américaine Terrafugia, évoquée ci-avant, enregistre déjà des commandes.

Enfin, Larry Page, co-fondateur de Google travaille actuellement sur un prototype secret, venant étayer l’intérêt des plus grandes firmes sur le sujet.

Les limitations techniques et sociétales

Ce type de véhicule peut donc à terme constituer un moyen de transport personnel, au même titre que la voiture que nous connaissons. Reste à savoir si les usagers seront prêts à monter dans une voiture se déplaçant dans les airs sur plusieurs kilomètres, le tout éventuellement sans pilote.

Par ailleurs, les modalités d’utilisation restent à définir clairement : ces véhicules pourront-ils emprunter les voies de circulations routières ou seront-ils exclusivement réservés à une utilisation aérienne ? Dans le premier cas, certaines difficultés sont à résoudre car les défauts inhérents à chacun de ces deux modes sont souvent contradictoires :

  • Le rapport poids/puissance d’une automobile s’avère largement supérieur au rapport équivalent d’un avion. La motorisation du mode avion est donc sur-dimensionnée pour le mode automobile ;
  • La motorisation avion doit assurer un fonctionnement fiable à des altitudes et températures inconnues d’un véhicule automobile ordinaire qui lui-même doit disposer d’une motorisation souple, économe et silencieuse ;
  • Les réglementations, connaissances et capacités demandées à un conducteur et à un pilote sont très différentes, rendant plus cohérent la mise en œuvre et le développement du mode sans pilote ;
  • Le décollage et l’atterrissage s’avèrent complexes pour les véhicules ne prévoyant pas de réaliser ces phases de manière verticale. Des solutions telles qu’une voie supplémentaire réservée aux atterrissages et décollages ont été proposées mais cette limitation reste problématique en raison de son impact potentiellement élevé sur les infrastructures actuelles (voir Figure ci-dessous).

illu aeromobil

Figure 1: Solution proposée par Aeromobil.

Au vu de cette dernière limitation, Uber travaille sur un projet de drone taxi à décollage et atterrissage vertical depuis les toits des bâtiments. Enfin, le drone taxi EHang 184 a été présenté lors du Consumer Electronics Show (CES) 2016. En 2017, la société chinoise a annoncé que son appareil a accompli 200 vols d’essai sans incident et estime qu’encore deux à trois ans sont nécessaires pour finaliser le développement [6]. Des essais en conditions réelles auront lieu à Dubai dès l’été 2017 [7].

Au-delà de la technologie, un des enjeux majeurs du sujet concerne la réglementation associée. Il est en effet aisé de gérer quelques dizaines de véhicules taxis ou personnels survolant les villes à basse altitude mais la complexité augmentera avec la densité de trafic. En cas de véhicules non gérés par une navigation autonome, la question du survol de zones sensibles ou privées se posera également et devra être soumis à réglementation. Les modalités de contrôles associés restent également inconnues. Pour l’instant, mise à part l’association européenne EFCA [8], aucune entité (officielle ou non) ne s’est penchée sur ces problématiques.

1 Le consorsium est composé de Turbomeca, COMAT Aerospace et l’Institut Pprime.


Références :

[1]. http://www.aeromobil.com

[2]. http://www.lesechos.fr/24/02/2016/lesechos.fr/021720864450_le-premier-prototype-de-voiture-volante-tf-x-devoile-dans-deux-ans.htm

[3]. Airbus Group, Future of urban mobility, My kind of flyover, 2016

[4]. https://airbus-sv.com/

[5]. https://fr.wikipedia.org/wiki/Xplorair

[6]. http://www.futura-sciences.com/tech/actualites/drone-drone-taxi-ehang-184-va-prendre-airs-63103/

[7]. http://www.generation-nt.com/ehang-184-drone-passager-experimentation-dubai-actualite-1939253.html

[8]. http://european-flying-car-association.org/