Par Margot SANCHEZ, Consultante – Financement de l’Innovation - ACIES

Politique et nouvelles technologies, un bon ménage ?

Vous l’aurez sans doute remarqué, au fil des années, internet et les nouvelles technologies de communication ont pris une part de plus en plus importante dans la politique que ce soit en France ou à l’étranger. Ainsi, les politiciens n’hésitent plus à s’aventurer sur de nouveaux terrains afin d’attirer de nouveaux partisans.

Lors de sa seconde campagne, Barack OBAMA a de ce fait élaboré une stratégie dite «social media» importante, en étant présent sur plus de 15 réseaux sociaux. C’est d’ailleurs lui qui est à l’origine du second Tweet le plus retweeté de l’histoire lors de sa réélection. Du côté de la France, 2012 a vu pour la première fois la mise en place d’une stratégie social-media de grande envergure via une présence importante sur les réseaux sociaux. Cinq années plus tard, certains candidats sont même allés jusqu’à se créer une chaîne Youtube et faire du live stream (diffusion en direct) pour répondre aux interrogations des visionneurs.

L’utilisation d’une autre technologie à des fins politiques a attiré notre œil. Il s’agit des Bots Messenger. Ces programmes informatiques semi-autonomes et capables de rendre des services, constituent une réelle plus-value. Avec les progrès du machine Learning, ceux-ci peuvent interagir en langage naturel pour répondre à des questions, orienter un utilisateur, adresser des préconisations, etc. Attention tout de même à bien faire la différence entre Intelligence Artificielle et Chatbots. En effet, il existe deux types de Chatbots : ceux reposant sur un corpus de réponse et ceux ayant des capacités d’apprentissage et reposant sur du machine learning. Pour la grande majorité, les Chatbots n’intègrent pas une once d’intelligence artificielle. Il s’agit de programmes informatiques capables d’interagir avec un système via une plateforme ou application. Les réponses de ces agents conversationnelles sont piochées dans un arbre de réponses préétablis par les développeurs. La nouveauté technique consiste à y ajouter des fonctionnalités de traitement automatique du Language Naturel (NLU – Natural Language Understanding) [2].

La Maison Blanche a ainsi développé un bot Messenger afin d’améliorer la communication entre les citoyens et le président [1]. Dans ce cas-ci, il s’agit d’un simple agent conversationnel sans faculté d’apprentissage. L’interface utilisateur est celle de Facebook, et l’ensemble des conversations est stocké dans une base de données. Interesting thing, il paraîtrait que Barack Obama lisait lui-même dix de ces conversations chaque soir. Ceci vous donne des idées ? Cela tombe bien, car la Maison Blanche a mis en open source le code de son bot sur son compte Github [3].

Attention tout de même aux nouvelles technologies qui peuvent être utilisées à des fins de promotion, mais également de critique. Un chercheur du Massachusetts Institute of Technology (MIT) a ainsi développé une intelligence artificielle du nom de DeepDrumpf tweetant des messages que Donald TRUMP aurait lui-même pu écrire. Ceci a été rendu possible via l’utilisation du Deep Learning [4] une technologie se nourrissant des discours et tweets de l’actuel président des Etats-Unis d’Amériques afin d’élaborer des messages en langage le plus naturel possible. Le résultat est tel qu’il devient presque impossible de faire une différence entre certains messages du président et de DeepDrumpf [5].

La technologie des hologrammes a également été utilisée à plusieurs reprises lors de meetings politiques en France et à l’international. Cette technologie est notamment développée en France par la société parisienne Adrenaline Studio, qui a su faire ses preuves ces dernières années dans ce domaine. Du point de vue technique, le principe est assez simple et repose sur la diffraction de la lumière et l’utilisation d’une plaque photosensible.

Enfin, face au constat qu’à l’heure actuelle, ce sont les partis politiques qui désignent les candidats aux élections et élaborent les programmes, LaPrimaire.org a développé une plateforme qui permet aux citoyens de choisir leur candidat et de co-construire les projets politiques [7]. Cette plateforme repose sur un Framework en Ruby qui présente l’avantage d’être très facile à manipuler et personnaliser. Afin de permettre à tous de contribuer ou de s’en inspirer, l’ensemble du code est accessible en ligne [6].

On constate ainsi une volonté de la classe politique de démocratiser l’usage des nouvelles technologies dans leur domaine. Attention toutefois à ne pas vouloir aller trop vite et tomber dans les abysses d’internet et les fake news, telles que l’annonce de la candidature aux élections présidentielles de Watson, le programme d’intelligence artificielle phare d’IBM [8]. Bien que cette initiative ne vienne pas d’IBM, la candidature d’une intelligence artificielle avait commencé à susciter de l’intérêt. On pourrait ainsi tout à fait imaginer dans un futur proche une intelligence artificielle à la tête de notre pays !

En attendant, vous pouvez toujours vous abonner et envoyer des snapchats au gouvernement français qui a également cédé à l’appel des nouvelles technologies.


[1] http://www.numerama.com/politique/188907-la-maison-blanche-a-son-bot-messenger-pour-interagir-avec-les-citoyens.html

[2]  http://nlp.stanford.edu/~wcmac/papers/20140716-UNLU.pdf

[3]  https://github.com/WhiteHouse/fb_messenger_bot

[4]  http://www.acies-cg.com/deep-learning-la-nouvelle-generation-dintelligence-artificielle/

[5]  http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/10/18/un-bot-twitter-imite-donald-trump-pour-mieux-le-denoncer_5015771_4408996.html

[6]  https://github.com/democratech/LaPrimaire

[7]  https://laprimaire.org/

[8]  http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/02/17/une-intelligence-artificielle-en-campagne-pour-la-maison-blanche_4866921_4408996.html