Par Stéphanie CHERDO, Consultante
et Amandine LIGNIER, Manager Conseil

Pôle Santé – ACIES Consulting Group

Nouvelles alternatives aux parabènes, sources d’innovation et de recherche

Les parabènes : conservateurs efficaces mais controversés

Si les conservateurs n’ont absolument aucun impact sur la performance des produits cosmétiques, ils demeurent indispensables pour empêcher le développement de nombreux micro-organismes (levures, moisissures, bactéries…).

Parmi les conservateurs les plus utilisés dans les cosmétiques, les parabènes, utilisés depuis des années, ont largement démontré leur efficacité. Actuellement considérés comme dangereux à la fois par les spécialistes et par le public, la tendance est au développement de nouveaux systèmes de conservation sans parabène. Le nombre de produits cosmétiques « naturels » évitant l’utilisation des parabènes et autres composés synthétiques ne cesse d’augmenter.

Les alternatives aux parabènes ne manquent pas…

Des alternatives à ces conservateurs existent, mais elles ne permettent pas toujours d’aboutir aux mêmes performances que celles obtenues avec des conservateurs traditionnels. Elles sont également à l’origine de problèmes de stabilité et d’innocuité nouveaux.

Par ailleurs, les ingrédients pour la conservation des produits cosmétiques nécessitent de répondre à des normes élevées d’innocuité et de compatibilité. Dans l’Union Européenne, les normes sont strictes, seuls certains conservateurs alternatifs répertoriés par la Directive cosmétique européenne (76/768/CEE) sont autorisés et peuvent être synthétiques, comme l’acide benzoïque, les sels de cuivre ou de zinc ou l’alcool ou encore naturels, comme le sucre et le miel.

systemeFermetureIl est également possible de développer des cosmétiques sans conservateurs. Le cas le plus simple est la cosmétique sans eau : ces produits ne sont composés que de corps gras (huiles, beurres et baumes). En l’absence d’eau dans le produit, les bactéries ne peuvent pas se développer. Pour augmenter leur durée de vie, ces produits contiennent des antioxydants, le plus connu étant la vitamine E. Cependant, la cosmétique sans eau limite les possibilités de formules : pas de crèmes, ni de laits, et encore moins de lotions toniques.

D’autres entreprises ont développé des procédés sans conservateurs, brevetés, tout en utilisant des phases aqueuses dans leurs cosmétiques. C’est le cas par exemple d’Avène et son système de fermeture D.E.F.I qui garantit le maintien des formules en parfait état de stérilisation tout le long de leur utilisation.

… mais leur mise en œuvre soulève des difficultés techniques de formulation

L’utilisation des conservateurs alternatifs aux parabènes (conservateurs de synthèse ou naturels) requiert alors un savoir-faire nouveau, du fait de leur incompatibilité chimique avec un grand nombre de produits cosmétiques (solubilité, décoloration, texture…). De plus, malgré leur innocuité globale, leur utilisation en quantité trop élevée est susceptible de provoquer des irritations ou des réactions allergiques : en détruisant les microorganismes, les conservateurs remplissent leur fonction, mais ils peuvent par conséquent s’avérer agressifs pour la peau s’ils ne sont pas soigneusement dosés et testés.

Bien que l’efficacité de ces nouveaux conservateurs seuls soit incomparable à celles des conservateurs usuels, de nouvelles solutions voient le jour : des formulations composées d’acides organiques ont par exemple démontré une efficacité intéressante, mais celle-ci est limitée à des formulations dont le pH est acide.

Des matières premières aux nouveaux concepts de formulation, en passant par les packagings adaptés, l’élaboration de produits cosmétiques sans parabènes nécessite aujourd’hui de nombreux travaux de R&D pour relever les défis de la formulation des produits alliant propriétés de conservation performantes, innocuité et rendu organoleptique satisfaisant (texture, couleur, odeur).