microbiote
Par Amandine LIGNIER , Consultante – Financement de l’Innovation
ACIES Consulting Group

Le microbiote intestinal, un ami pour la vie


Si l’existence du microbiote intestinal est connue et étudiée depuis longtemps, l’évolution des moyens techniques de séquençage haut débit du matériel génétique a dynamisé ces dernières années la recherche sur cette flore (bactéries, virus, parasites et champignons non pathogènes), qui représente à elle seule 2 kilos d’une importance capitale. Il existe aujourd’hui un réel engouement de la recherche pour décrire la nature des interactions hôte-microbiote, celles des micro-organismes entre eux, et leur incidence en matière de santé.

Ainsi, le rôle du microbiote intestinal est de mieux en mieux connu. On sait désormais qu’il joue un rôle dans les fonctions digestive, métabolique, immunitaire et neurologique.

Autant de pistes d’innovations à suivre !

microbiote

La dysbiose, c’est-à-dire l’altération qualitative et fonctionnelle de la flore intestinale, est une piste sérieuse pour comprendre l’origine de certaines maladies. Cette thématique, dans laquelle la France est à la pointe, est devenue centrale pour la recherche biologique et médicale,

Les responsables innovation de nombre de secteurs ne peuvent ainsi plus ignorer le microbiote : industries agroalimentaires, acteurs de la nutrition-santé, groupes pharmaceutiques, producteurs et distributeurs de pro-/pré-/symbiotiques, acteurs du diagnostic, acteurs de la nutrition-santé animale, etc.

Aujourd’hui, les grandes questions sont en train de basculer du terrain de la science pure vers celui de la translation.

En voici quelques illustrations :

Les maladies intestinales chroniques inflammatoires (MICI), comme la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, sont liées à une activation inappropriée du système immunitaire dans l’intestin. Un déséquilibre du microbiote en espèces bactériennes pro-inflammatoires et anti-inflammatoires, tout comme la prédominance de certaines familles de bactéries, ou la raréfaction d’autres espèces ont été décrites chez des personnes atteintes de MICI. Le microbiote constitue donc une cible thérapeutique de choix dans ces maladies inflammatoires.

C’est ainsi que Nestlé Health Science s’intéresse entre autres au développement d’une molécule chimique de la biotech Enterome. Celle-ci empêche l’activité d’une bactérie néfaste qui prolifère dans l’intestin des personnes ayant la maladie de Crohn, et est donc destinée à traiter les patients qui en souffrent.

Dans le domaine du cancer, le microbiote intervient tout d’abord dans le mécanisme de la cancérogenèse. Un certain nombre de données permet en effet d’affirmer que certaines tumeurs sont liées à la présence de micro-organismes précis, ou encore d’une dysbiose au niveau intestinal. Outre la cancérogenèse, l’efficacité des thérapies anticancéreuses serait aussi sous l’influence du microbiote. Il existerait ainsi une synergie d’action entre certains médicaments anticancéreux et la flore intestinale. Enfin, la protection des microbiomes et le traitement de la dysbiose jouent un rôle essentiel dans le processus thérapeutique.

C’est ainsi que MaaT Pharma (Microbiota as Therapy), start-up de biotechnologie, a développé la première solution de traitement basée sur la microbiothérapie autologue. Cette procédure d’ « autogreffe » du propre microbiote intestinal du patient, prélevé avant le traitement de chimiothérapie, limiterait ainsi les risques d’infection post-traitement.

Si le système nerveux régit la motricité intestinale, une part majeure des informations nerveuses véhiculées se fait dans le sens intestin-cerveau. Les chercheurs ont très tôt posé l’hypothèse qu’une modification du microbiote pouvait modifier l’information transmise au système nerveux central. Le rôle du microbiote est ainsi évoqué dans de nombreuses maladies neuropsychiatriques : l’autisme, la schizophrénie, l’anxiété et la dépression ou les troubles bipolaires. Les arguments scientifiques sont encore insuffisants dans la plupart des cas, mais des éléments de preuve préliminaires ont été récemment publiés.

TargEDys, start-up innovante et précurseur dans le domaine de la régulation de l’appétit, a choisi d’explorer cette voie à travers le développement d’un aliment médical orexigène basé sur le microbiome intestinal et destiné à augmenter l’appétit chez les personnes âgées.

Le rôle du microbiote intestinal dans l’homéostasie métabolique et glycémique est également aujourd’hui établi. Des chercheurs de l’Inra, associés à des équipes chinoises au sein du projet MetaHIT[1], ont mis en évidence que la présence de certaines espèces de bactéries dans le tube digestif humain était corrélée au diabète de type 2, ouvrant ainsi la voie à de belles perspectives de recherche et d’innovation notamment dans le domaine du diagnostic précoce du T2D.

Un secteur en ébullition

Si les avancées scientifiques sur le microbiote s’accélèrent depuis plusieurs années, les mystères de la flore intestinale restent encore nombreux. La complexité de cette population composée de 2 à 10 fois plus d’organismes que de cellules constituant notre corps, laisse ainsi entrevoir un avenir radieux pour l’innovation !


Références :

http://www.inra.fr/presse/metahit_bacteries_nouvel_organe

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/chimie-pharmacie/pourquoi-nestle-mise-sur-la-biotech-francaise-enterome-565589.html

[1] http://www.inra.fr/presse/metahit_bacteries_nouvel_organe