Par la Direction du Pôle Aéronautique
ACIES Consulting Group

Le virtuel au service du réel

Aujourd’hui on parle beaucoup de simulation, notamment dans les domaines aéronautique et médical.

Si l’on en croit « Le Petit Robert » (ce vénérable ancêtre de Wikipédia), simuler signifie au sens littéraire « offrir l’apparence de quelque chose, lui ressembler ». Si cette définition est exacte, elle n’en mérite pas moins d’être précisée. Simuler dans le cas qui nous incombe répond à la nécessité de mettre apprenants et utilisateurs dans une situation extra-ordinaire, au sein de laquelle, dans la majorité des cas, l’intégrité de l’Humain peut être mise en jeu : la qualité d’une simulation réside dans sa capacité à reproduire fidèlement le système qu’elle représente.

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Rapide focus sur deux types de simulation d’apprentissage

La définition de la simulation insinue qu’elle est adaptée à des environnements présentant une forte criticité humaine : c’est en effet au sein de ces environnements qu’est née la simulation moderne.

Domaine aéronautique [1]
Dès les débuts de l’aviation sont apparus des dispositifs tentant de simuler le comportement des premiers aéronefs. L’objectif de ces dispositifs était avant tout de comprendre le comportement de l’avion durant le vol. Dans les années 30, les simulateurs furent conçus en particulier pour former les navigants au pilotage sans visibilité. À partir des années 1950, les simulateurs s’améliorent, proposant au fil du temps des sensations sonores, visuelles et tactiles fidèles à celles de l’avion.
Aujourd’hui, différents types de simulateurs d’entraînement existent : systèmes basiques d’entraînement au vol aux instruments, systèmes d’entraînement aux procédures de vol et de navigation, systèmes d’entraînement au vol et enfin les Full Flight Simulator. Ces derniers sont les plus représentatifs de l’aéronef et sont devenus le passage nécessaire pour chaque pilote en formation.

Domaine médical [2]
Dans le domaine de la santé, les premiers mannequins pour l’enseignement des gestes techniques apparaissent au 18e siècle. À partir de 1910 et jusqu’au milieu des années 70, Madame Chases, un mannequin en bois perfectionné au cours des années, est utilisé par les élèves infirmières anglaises.
Le premier mannequin contrôlé par ordinateur, le Sim One® de la société Laerda, apparaît dans les années 1960.
Aujourd’hui, la technologie a permis la conception de mannequins « haute-fidélité » ultra-représentatifs, mais également de simulateurs en réalité virtuelle qui permettent une immersion psychologique dans un milieu fidèle en termes d’environnement et d’équipement.
Les domaines nucléaire, ferroviaire et naval sont illustrés à travers les références [3].
La simulation est devenue, dans ces domaines à risque, un outil de formation continue incontournable qui améliore le savoir-faire et la sécurité des pratiques. L’un des avantages non négligeables de la simulation réside dans ses coûts d’élaboration et d’utilisation infiniment moins onéreux que ne l’est le système qu’elle simule.

La «simulation évolutive», un rêve ?

Dans un simulateur de vol, l’apprenant et l’enseignant utilisent les capacités du dispositif mais ne peuvent en modifier le comportement : tous les scénarii de vol sont prédéfinis.
Ne pourrait-on pas permettre à l’apprenant de modifier le comportement de la simulation, pour non seulement enrichir les capacités du dispositif mais surtout permettre à l’apprenant de repousser les limites de son outil d’apprentissage ? Il ne s’agirait plus d’une simulation permettant l’apprentissage par la répétition, mais d’une solution qui permettrait à l’apprenant de l’améliorer, de la pousser au-delà de ses limites et règles actuelles, avec pour but final l’augmentation du pouvoir d’adaptation de l’apprenant alliée au développement de son esprit critique. Intéressons-nous au « serious game » ou jeu sérieux afin de savoir s’il répond à cette attente.

Le jeu sérieux ou l’histoire d’un oxymoron1

Les définitions du jeu sérieux sont légion [4]. la mienne est la suivante : le jeu sérieux est un détournement, technologique ou pas, dont l’objectif est de transformer les joueurs en apprenants.
La qualité d’un jeu réside dans sa capacité à extraire les joueurs du monde réel pour les plonger dans un univers captivant, où il seront confrontés à une adversité. La finalité du « serious game » est sérieuse, quand celle du jeu est divertissante. La qualité d’un jeu sérieux consiste à savoir utiliser le divertissement comme vecteur d’apprentissage.
L’un des ancêtres des jeux sérieux est le jeu de guerre qui consistait en un jeu de stratégie à but ludique ou pédagogique ; le jeu d’échec en est un exemple. Vous en apprendrez bien davantage en lisant cet article [5].
S’il est difficile de classer les jeux sérieux, il est tout de même possible de mettre en avant les catégories suivantes : les jeux sérieux à message, les jeux sérieux d’entraînement et les jeux sérieux de simulation.
Le jeu sérieux n’est pourtant pas encore, à mes yeux, cette solution évolutive qui en s’enrichissant permettrait à l’apprenant de progresser : celle-ci reste donc à inventer.
Pour aller plus loin, il faudrait aborder les sujets du « serious gaming » [7] et de la réalité virtuelle déjà utilisée dans les « usines du futur ».

La séance d’apprentissage, et après ?

L’analyse post séance effectuée par le formateur et l’apprenant permet à ce dernier non seulement d’avoir appris par l’action durant la séance, activité productive, mais surtout de continuer d’apprendre après, activité constructive [8]. C’est ainsi que sans ce recul sur la séance, l’apprenant ne validerait pas son acquis et n’optimiserait pas son apprentissage au cours du temps.

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[Références]

[1] Domaine aéronautique
http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=407
http://homepage.ntlworld.com/bleep/SimHist1.html
http:/www.dailymotion.com/video/xa2ess_les-simulateurs-de-vols-militaires_tech
[2] Domaine de la Santé
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2012-01/simulation_en_sante_-_rapport.pdf
http://hdl.handle.net/2268/178098
[3] Domaine ferroviaire, nucléaire et naval
http://www.corys.com/fr/
http://fr.dcnsgroup.com/news/dcns-et-clarte-recompenses-au-salon-laval-virtual-pour-un-nouveau-simulateur-de-formation-des-equipes-aviation-le-naval-helohandling-trainer/
Serious game
[4] http://eduscol.education.fr/numerique/dossier/apprendre/jeuxserieux
[5] http://www.ludoscience.com/files/ressources/origins_of_serious_games.pdf
[6] http://www.internetactu.net/2010/01/28/soyons-serieux-jouons-15-prendre-le-jeu-au-serieux
[7] http://www.vousnousils.fr/2015/02/10/serious-gaming-detourner-des-jeux-videos-a-des-fins-pedagogiques-562528
http://eduscol.education.fr/jeu-numerique/#/
http://www.ludoscience.com/
http://www.omnsh.org/
[8] SAMURÇAYR. et PASTRÉP. (dir.), « Recherches en didactique professionnelle », Toulouse, Octarès Éditions, coll. « Travail & Activité humaine », 2004

(1) Oxymoron : figure de rhétorique caractérisée par un assemblage de mots apparemment contradictoires.