Par Isabelle Dupret, Consultante – Financement de l’Innovation Expert Recherche Collaborative – ACIES Consulting Group

Le collaboratif à l’heure
de Green wish

Poussés par des défis sociétaux (qualité de vie) et écologiques (réduction des déchets) et tirés par les facteurs réglementaires (REACH) et économiques (épuisement des ressources), les matériaux bio-sourcés ont le vent en poupe.

Pour contribuer efficacement à ces grands problèmes, politiques, chercheurs et usagers finaux se rassemblent autour de projets uniques afin de développer ensemble des technologies innovantes permettant de remplacer les matières premières classiques non pérennes par des matières à plus faible impact environnemental en puisant leurs idées dans l’extraordinaire diversité qui caractérise le monde vivant.

Le champ des possibles

On connaissait déjà le biocarburant de première génération obtenu par fermentation de cannes à sucre. Avec un rendement de 6 tonnes d’agro-éthanol par hectare de cannes à sucre, le Brésil se positionne aujourd’hui comme premier producteur et exportateur mondial.

Certaines fractions de végétaux non valorisables ou partiellement valorisées attirent, au travers de leurs caractéristiques physico-chimiques, l’intérêt pour l’isolation thermique et acoustique des bâtiments (projet IBIS – coordinateur : ParexLanko). Les mats de chanvre imprégnés d’acide polylactique et compressés voient leur avenir se développer dans nos voitures en tant que tableaux de bord et médaillons de porte (projet NF-BIO-TP – coordinateur : FAURECIA). L’allègement du véhicule qui en résulte impacte de facto les niveaux de consommation de carburant et donc à terme les émissions polluantes.

Le projet CARPAT, associant Carbone Savoie et un acteur français de la filière biomasse, a pour objectif la substitution d’une matière première d’origine fossile par des matériaux bio-sourcés dans des produits carbonés. Tout en répondant à de forts enjeux santé et environnementaux, ce projet permet aux partenaires industriels des réductions de consommation énergétique et d’intensité matière à différents niveaux.

Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres qui font que ces matériaux agro-sourcés sont l’objet de nombreuses investigations pour leurs performances. Il ne fait aucun doute que leur valeur mercantile s’envolera dans les prochaines décennies, pour autant que les filières puissent se structurer pour leur approvisionnement. Et que l’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas de détourner les valeurs alimentaires des agro-ressources, ni même leur valeur énergétique. Bien au contraire ! Il s’agit de valoriser ce qui est aujourd’hui considéré comme un déchet, de procurer des revenus supplémentaires à leurs fournisseurs et une valeur ajoutée à leur transformation et leur utilisation tout en garantissant un coût accessible à l’utilisateur final. En un mot de contribuer au cycle de la bio-économie.

Bienvenue à bord

Les agro-matériaux ne sont pas les seuls à être le centre des intérêts des chercheurs. Certains organismes marins sont également à l’honneur car pourvoyeurs naturels de composés à très haute valeur ajoutée.

La laminarine extraite d’algues Laminaria Digitata favorise la stimulation des défenses immunitaires des plantes. Leur utilisation en culture en fait un allié de choix pour s’affranchir des pesticides tant décriés sur la place publique. Au-delà de leur utilisation en champs de blé, seigle ou sur vigne, c’est toute la chaîne de produits dérivés (pâtes, pain, raisin,…) et transformés (bière, vin,…) qui en bénéficie.  (projet NADESTIM – coordinateur : GOEMAR).

Les océans, et en particulier les zones extrêmes comme les failles de volcans sous-marins, regorgent de réacteurs micrométriques tels que champignons, algues, bactéries dont les productions sont de valeur insoupçonnée. Ces petits organismes extrêmophiles ont développé des stratégies d’adaptation leur permettant de tolérer ces environnements à des niveaux en limite de la compatibilité avec la vie (4°C pour les organismes psychrophiles et 85°C pour les thermophiles, milieu acide ou basique, pression et/ou salinité élevée). Les molécules qu’ils produisent s’avèrent être, selon le micro-organisme qui le produit, des principes actifs anti-cancéreux, antiparasitaires, antibiotiques, anti-inflammatoires, antioxydants voire d’excellents biocatalyseurs (Projet SEABIOTECH – coordinateur : université de Strathclyde).

Pour ceux qui s’inquiéteraient du tribut payé aux écosystèmes par les ponctions marines, sachez qu’il existe un nombre important de réglementations sur les prélèvements en milieu aquatique, que ceux-ci font l’objet d’un suivi strict par les autorités nationales et internationales et que les organismes financeurs, avant de donner leur feu vert aux projets qu’ils subventionnent, demandent systématiquement des plans très détaillés des prélèvements envisagés et conduisent des revues éthiques tout au long du projet. 

Vers une approche éco-pensée

L’élaboration de grands projets partenariaux multidisciplinaires impliquant l’utilisation de matériaux biosourcés comme réactif, additif, substitut, témoigne d’une société en pleine mutation.

Dans une nature « objet » (sur-)exploitée pour satisfaire des besoins humains immédiats, les bio-ressources deviennent désormais « sources » d’inspiration et d’adaptation. À cette conversion de leur potentiel extraordinaire en produit d’usage, s’ajoute celle, plus humaine, du regard de l’homme dans son rapport à son environnement : fondé jusqu’à présent sur la domination, il pourrait être demain plus conscientisé des interactions de dépendances vitales entre ses parties.

Sur ce chemin, la recherche collaborative pose les premières briques du passage d’une société consumériste et anthropocentrée vers une société intégrée respectueuse de son écosystème en termes de biodiversité et de pérennité.