E-santé
Par Amélie BRAVARD, Consultante – Financement de l’Innovation
ACIES Consulting Group

E-santé : De l’appli bien-être aux médicaments connectés

A l’instar du développement des systèmes connectés pour des domaines divers, la médecine de demain a l’ambition d’appliquer ces nouvelles technologies à la santé. L’e-Santé émerge, ouvrant le champ des possibles aux acteurs de l’innovation pharmaceutique.

Les recherches dans le domaine de l’e-Santé concernent à la fois le développement d’objets connectés de bien-être (suivi de l’activité physique, du poids, du sommeil) et le développement de dispositifs médicaux connectés (suivi de paramètres de santé). Dans tous les cas, le suivi se fait grâce au lien entre l’objet connecté et un smartphone ou une tablette via Bluetooth et se matérialise par une application spécifique.

Si les objets connectés de bien-être pourront satisfaire et divertir les utilisateurs de tous âges, les véritables enjeux se situent dans le développement de dispositifs médicaux connectés. Ils pourraient en effet révolutionner la pratique des professionnels de santé et des patients en améliorant notamment l’observance des traitements (suivi des prescriptions médicales par le patient) et en facilitant leur administration.

L’e-Santé n’en est qu’à ses prémices mais déjà, les partenariats se multiplient dans le cadre de projets collaboratifs qui permettent de fédérer les compétences dans un objectif de recherche et développement commun.

En exemple, on peut citer WEB-RADR, projet collaboratif européen initié en 2014 dont les attentes sont de développer des applications permettant de communiquer directement aux autorités nationales compétentes les effets indésirables de médicaments et améliorer ainsi la pharmacovigilance [1]. L’objectif est d’identifier les problèmes de sécurité du médicament et de pouvoir les anticiper. Ce projet, réunissant les membres de l’EFPIA, fédération européenne des industries et associations  pharmaceutiques, peut compter sur un financement FP7 (Seventh Framework programme). Le travail de ce consortium d’experts, leaders mondiaux du domaine, permettra surement de grandes avancées technologiques en e-Santé à l’horizon 2020.

Les champs d’investigations sont vastes car tous les domaines de la santé sont concernés par les innovations en matière de systèmes connectés. Les maladies cardiovasculaires, en étant la principale cause de mortalité dans le monde [2], représentent une cible d’intérêt pour le développement de nouveaux dispositifs connectés. Dans ce contexte, VISIOMED GROUP en partenariat avec Bluelinea a remporté le Prix CES 2016 Innovation Awards pour le développement de MyECG®, le 1er électrocardiogramme de poche, sans fil et connecté, qui permet aux professionnels de santé de suivre les paramètres vitaux de leurs patients en temps réel et améliorer ainsi leur prise en charge [3].

Outre les avantages indéniables de ce type de suivi d’un point de vue médical, le relevé d’informations en temps réel est également particulièrement intéressant comme indicateur fiable de l’observance des traitements. En effet, la principale cause d’échec de traitements est le non suivi par le patient des prescriptions médicales faites par le médecin. Disposer des informations d’observance permettrait de mesurer la véritable efficacité d’un traitement et d’améliorer la prise en charge des patients.

Avec cet objectif, le laboratoire Aguettant travaille actuellement sur le développement d’un système amovible électronique capable d’enregistrer ces informations pour le traitement des malades de Parkinson. Ce projet, APOKONNECT, est mené en partenariat avec Biocorp, société spécialisée dans le développement et la fabrication de dispositifs médicaux et de systèmes d’administration de médicaments innovants. Fort de cette collaboration soutenue par un financement Bpifrance, le laboratoire Aguettant, expert dans le développement de médicaments injectables innovants reconnus dans le milieu hospitalier notamment, entend bien pouvoir « connecter » son stylo auto-injecteur d’apomorphine APOKINON® breveté, via l’utilisation du dispositif Easylog développé par Biocorp. Ce co-développement permettrait de centraliser les données relatives au patient (suivi du traitement par apomorphine, symptômes…) sur une application spécifique, de maintenir l’autonomie du patient et de faciliter sa prise en charge.

Les chercheurs et les industriels l’ont bien compris, dans le domaine de l’e-Santé, tout peut être imaginé, comme le développement de circuits électroniques intégrés à la peau. L’e-skin suscite l’intérêt des chercheurs qui tentent de créer une matrice de composants organiques reliés par des fils conducteurs flexibles [4]. A ce jour, l’électronique organique ne montre que de faibles performances, sans parler des problèmes de biocompatibilité qu’elle pose. Les particules de carbone pouvant migrer dans le corps, la crainte est de créer une inflammation tissulaire pouvant conduire à des tumeurs. Pour ces raisons, l’e-skin n’est pas encore pour demain.

Enfin, le futur de l’e-Santé comprend également le développement des médicaments connectés qui font déjà l’objet de recherches. A titre d’exemple, la société américaine Proteus Digital Health a développé un antidepresseur muni d’un capteur permettant de suivre la prise du médicament par le patient, un signal étant détecté par la libération du capteur lorsque le médicament se dissous dans l’estomac [5]. Le projet a finalement été rejeté par la FDA (Food and Drug Administration) mais met en lumière les possibilités de développements de médicaments connectés. En France, dans le même registre, la société BodyCap développe l’e-Celscius, thermomètre connecté en continu via une gélule ingérable, qui s’applique à la pratique de sport en conditions extrêmes de température mais qui pourrait aussi trouver un intérêt en milieu hospitalier.

En bref, si les sujets d’investigations et d’innovations en santé connectée sont vastes et que les projets se multiplient, l’e-Santé n’en est qu’à ses débuts mais promet de beaux développements dans les années à venir.


Références

[1] Site OMS: http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs310/fr/

[2] Site web: https://web-radr.eu/

[3] Site web: http://bluelinea.com/wp-content/uploads/2016/03/CP-ALBLU-ALVMG-vDEF.pdf

[4] Reuveny A, et al. “Thermal stability of organic transistors with short channel length on ultrathin foils”. Organic electronics (2015).

[5] Site web: http://www.ouest-france.fr/leditiondusoir