Par Flora BURKIC
Manager Conseil, Management de l’Innovation
ACIES Consulting Group

Filière cosmétique : tour d’horizon d’une filière en mutation

Enjeu 1 : faire face à une concurrence internationale croissante

La filière cosmétique se positionne à l’interface de plusieurs filières stratégiques industrielles françaises. Elle regroupe les secteurs des matières premières, de l’emballage, de la cosmétique, du design, de la chimie, de la fabrication, des laboratoires de R&D dermo-cosmétiques. Les métiers de la cosmétique s’articulent autour de l’extraction, la formulation des matières premières, la caractérisation et le criblage de leurs principes actifs, l’emballage des produits, le lancement des produits finis, le marketing effectué et leur distribution.

Cette industrie représente en France 25 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 150 000 emplois et constitue le 2e contributeur en excédent commercial.

La France est le premier exportateur mondial de l’industrie cosmétique. 80 % des produits du luxe et de la beauté sont aujourd’hui fabriqués dans l’hexagone. Le marché des cosmétiques représente 70 milliards d’euros en Europe et une projection place la Chine, l’Inde et la Russie dans le top 5 des pays consommateurs en 2020.

Ce secteur de marché est arrivé à maturité en Europe de l’Ouest, au Japon, aux US.

Si la marque France bénéficie d’une bonne image dans le monde, la concurrence internationale s’organise et s’accroit dans ce secteur en misant sur des investissements massifs dans la R&D pour développer et vendre des produits toujours plus innovants, performants et variés.

Conclusion : les entreprises du secteur doivent s’aligner à cette course à l’innovation en maintenant leurs efforts d’investissement R&D pour conserver leur part de marché et se différencier.

Enjeu 2 : faire face à des contraintes réglementaires accrues qui durcissent les obligations de mise en conformité des industriels de la filière

L’évolution de la production de produits pharmaceutiques a accéléré ces dernières années les synergies entre les secteurs pharmaceutiques et cosmétiques. Cette évolution a conduit à une influence des normes de l’industrie pharmaceutique sur la filière cosmétique (bonnes pratiques de formulation et de fabrication) et à un durcissement des obligations de justification d’allégations sur l’efficacité de ses principes actifs et de l’innocuité des composants (métaux lourds, allergènes, perturbateurs endocriniens).

Les entreprises doivent prouver l’efficacité et la non dangerosité des principes actifs d’un produit. Ces tests sont la plupart du temps réalisés à l’extérieur afin d’en assurer la neutralité.

En parallèle, la troisième et dernière deadline pour l’Enregistrement REACH des substances chimiques, prévue pour mai 2018, approche à grands pas et les acteurs majeurs de la filière Cosmétique prévoient une mobilisation accrue dès 2016. L’enregistrement des substances est obligatoire auprès de l’Agence européenne des produits chimiques ; les substances n’ayant pas été enregistrées ne pourront plus être mises sur le marché européen, afin d’écarter tout risque d’irritation. Cette dernière deadline présente des enjeux financiers, les risques de ruptures d’approvisionnement de la filière, besoins en formation pour sécuriser ces nouvelles obligations pour les acteurs de la filière à toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement.

La CJCE a réaffirmé enfin dans un avis du 21 septembre l’interdiction du recours aux modèles animaux pour les essais d’efficacité et d’innocuité, sachant que  ces expérimentations animales sont requises par exemple en Chine et au Japon pour que puissent être commercialisés des produits. En conséquence, les entreprises utilisent des méthodes alternatives, d’objectivation in vitro, in vivo et ex vivo (peaux reconstruites et explants de peaux humaines) pour conduire ces tests d’innocuité.

Conclusion : les contraintes réglementaires, l’amélioration des méthodes d’investigation (instruments compris) et les besoins de professionnalisation de la filière engendrent une hausse des coûts de développement à supporter pour les entreprises de la filière.

Enjeu 3 : jouer un rôle dans la transition écologique et énergétique : une R&D qui se tourne vers les ingrédients biosourcés

Consciente de son impact sur l’environnement et la société, l’industrie cosmétique veut proposer des solutions acceptables et efficaces, tant sur le plan environnemental, que social et économique. La matière végétale est une ressource intéressante et pertinente pour l’industrie cosmétique. Pour autant, son utilisation peut aussi entraîner une pression sur la ressource et aboutir à des effets néfastes.

En réponse à ces enjeux environnementaux, la culture de cellules végétales en bioréacteurs offre un moyen de production durable d’ingrédients biosourcés. Cette approche permet de produire des actifs à la demande dans un environnement contrôlé, indépendamment de l’écosystème de la plante d’origine, et ce, dans le respect des principes de la chimie verte. De plus, la culture de cellules souches végétales permet de produire des molécules ou des métabolites secondaires qui ne sont normalement pas produits par la plante mature. Cette approche biotechnologique est donc une source de nouveaux ingrédients bioactifs.

L’ADEME dans son appel à projet « Chimie du végétal et matériaux biosourcés » affiche son objectif de soutenir le développement de produit biosourcés en substitution aux hydrocarbures fossiles en raison de leurs impacts environnementaux réduits. Cet appel à projet soutient ainsi les projets de R&D contribuant à mettre sur le marché de nouveaux produits biosourcés compétitifs et éco-conçus obtenus à partir de biomasses résiduelles ( Intermédiaires chimiques, Tensioactifs, Solvants, Polymères, Matériaux composites et Biocarburants avancés).

Conclusion : les enjeux de durabilité et de respect de l’environnement vont transformer durablement les produits, méthodologies et instruments utilisés par les acteurs de la filière.

Enjeu 4 : réinventer son modèle économique pour rester compétitif

L’innovation demande un investissement considérable permet à l’entreprise de conquérir de nouveaux marchés ou d’augmenter son emprise sur des marchés qu’elle exploite déjà. Hors, la hausse des coûts de développement liée aux contraintes réglementaires, la hausse des coûts de recherche liés aux impératifs d’innovation, le besoin de formation pour faire face à l’émergence de nouveaux métiers, l’augmentation coûts de PI liée à des dépôts de brevet croissant sont des freins au maintien de compétitivité des entreprises.

Face à ces difficultés, les grands groupes, les ETI et les PME de la filière sont de plus en plus nombreux à repenser leur modèle économique et leurs stratégies de différenciation en multipliant des initiatives collaboratives et d’innovation ouverte.

Les passerelles entre les centres de recherche des différentes filières industrielles (pharmaceutique, agroalimentaire, cosmétique) se multiplient dans une démarche de décloisonnement de la recherche. Si les collaborations avec l’industrie existent depuis longtemps, elles évoluent également avec la mise en place de programmes collaboratifs nationaux (BPI, PIA) et européens (H2020). Des équipes sont désormais dédiées à la gestion des partenariats, que ce soit dans les PME ou au sein de grands groupes. On assiste au développement de plateformes de mutualisation d’équipements et de ressources pour faciliter les transferts de connaissance porté par de grands donneurs d’ordre, désireux de faire monter en gamme leur tissu de fournisseurs et de détecter de nouvelles innovations parmi les jeunes pousses de la filière.

Conclusion : les démarches d’innovation ouverte via la mise en place d’outils technologiques d’excellence (techno-centres, plateformes technologiques, Fab Lab, Production Lab) et l’implication croissante des grands donneurs d’ordre dans des projets d’innovation collaboratifs interviennent en proposition de réponse aux grands défis auxquelles sont confrontés les acteurs de la filière cosmétique. Les agences de soutien à l’innovation ont bien intégré l’importance de ces thématiques et les opportunités de co-financement sont intéressantes à solliciter pour les porteurs de projet.

Références bibliographiques

http://cqvb.net/Documents_en_ligne/Documents/IBI-13-2_COSMInnov.pdf

http://www.ionis-group.com/actualites/2015/02/supbiotech-conference-dermo-cosmetique/

http://www.dermscan.com/pharmascan/wp-content/uploads/sites/3/2015/08/TestsMesures_Mars2015.pdf

http://fr.calameo.com/read/0031128245bb50bd20187